COINTELPRO : le programme secret du FBI (1956-1971)

L'essentiel

Entre 1956 et 1971, le FBI a mené un programme secret sur le sol américain — COINTELPRO — pour surveiller, infiltrer et déstabiliser des mouvements politiques. Ce n'est pas une théorie : le Sénat des États-Unis l'a officiellement documenté (Church Committee, 1976). Les faits sont solides — et plus précis que le mythe.

Un vrai programme du FBI (1956-1971)

COINTELPRO (« COunter INTELligence PROgram ») est lancé en 1956 contre le Parti communiste américain, puis étendu : Socialist Workers Party, « groupes de haine blancs » (dont le Ku Klux Klan), groupes « nationalistes noirs » et mouvement des droits civiques, enfin la « Nouvelle Gauche ». Donc à la fois la gauche, la droite raciste et le mouvement des droits civiques. Le Church Committee recense 2 370 actions clandestines approuvées.

Le FBI est allé au-delà du renseignement : il a mené des actions clandestines visant explicitement à « perturber » (disrupt) et « neutraliser » (neutralize) des groupes et des individus — lettres anonymes, désinformation, infiltration.

Les cinq programmes, dans l'ordre

Les méthodes, décrites par le Sénat lui-même

Le rapport du Church Committee détaille l'arsenal : fausses lettres anonymes pour briser des mariages et monter des organisations les unes contre les autres, « snitch-jacketing » (faire passer un militant authentique pour un informateur du FBI, l'exposant aux représailles de son propre camp), articles plantés dans la presse via des journalistes coopératifs, signalements fiscaux ciblés, pressions sur les employeurs et les bailleurs. Le cas de Fred Hampton, dirigeant des Black Panthers de Chicago tué lors d'un raid policier le 4 décembre 1969, illustre la zone la plus sombre : les documents ont montré qu'un informateur du FBI avait fourni le plan de son appartement, et la procédure civile s'est conclue en 1982 par un règlement de 1,85 million de dollars versé par les autorités — sans reconnaissance de responsabilité.

Comment il a été exposé

Le 8 mars 1971, des militants cambriolent le bureau du FBI de Media, en Pennsylvanie, emportent plus de 1 000 documents et les envoient anonymement à la presse. La révélation expose COINTELPRO, pousse le Sénat à créer le Church Committee et le FBI à mettre fin au programme. Aucun des cambrioleurs ne sera jamais arrêté ; leur identité n'a été révélée qu'en 2014.

Le cas le plus documenté : la lettre à Martin Luther King

Vers novembre 1964, le FBI adresse à Martin Luther King Jr. un colis anonyme (une lettre et un enregistrement) que King a compris comme l'incitant au suicide. Une copie de cette lettre a été retrouvée dans les dossiers de travail du directeur adjoint du FBI, William Sullivan, lors de l'enquête du Church Committee — qui a confirmé l'origine FBI de l'envoi.

Ce que ça prouve

Ce que ça ne prouve PAS

L'héritage : ce que COINTELPRO a changé dans la loi

La révélation n'a pas produit que du scandale — elle a produit du droit. Dans la foulée du Church Committee : les lignes directrices Levi (1976) encadrent pour la première fois les enquêtes intérieures du FBI ; le FISA (1978) crée une cour spéciale pour autoriser la surveillance de renseignement ; et le Congrès installe des commissions permanentes de contrôle du renseignement (Sénat 1976, Chambre 1977) qui existent toujours. C'est l'argument décisif contre le fatalisme du « ils font ce qu'ils veulent » : exposé par des citoyens et une presse libre, un programme illégal a été fermé, enquêté, et a durablement changé la loi.

Pourquoi ça compte

Comme pour l'opération Mockingbird ou MK-Ultra, COINTELPRO est un abus réel, documenté et précis. Le raconter honnêtement — ni minimisé, ni gonflé en légende omnisciente — vaut mieux que le mythe : la réalité établie est déjà assez lourde.

Questions fréquentes

COINTELPRO a-t-il vraiment existé ?

Oui. C'est un programme clandestin du FBI (1956-1971), officiellement documenté par le Sénat américain (Church Committee, rapport final Book III, 1976), qui recense 2 370 actions clandestines approuvées.

Quelles étaient les cibles de COINTELPRO ?

Le Parti communiste, le Socialist Workers Party, des « groupes de haine blancs » dont le Ku Klux Klan, des groupes « nationalistes noirs » et le mouvement des droits civiques, puis la « Nouvelle Gauche » — soit la gauche, la droite raciste et le mouvement des droits civiques.

Comment le programme a-t-il été révélé ?

Par le cambriolage du bureau du FBI de Media (Pennsylvanie) le 8 mars 1971 : des militants emportent plus de 1 000 documents et les envoient à la presse, exposant COINTELPRO et déclenchant l'enquête du Church Committee.

La lettre du FBI à Martin Luther King est-elle authentique ?

Oui. Une copie a été retrouvée dans les dossiers du directeur adjoint du FBI William Sullivan lors de l'enquête du Church Committee, qui a confirmé l'origine FBI de cet envoi anonyme de 1964.

Tout ce qu'on attribue à COINTELPRO est-il vrai ?

Non. Le programme officiel s'arrête en 1971 et se limite à des actions clandestines précises. Assimiler toute surveillance du FBI, ou toute opération moderne, à « COINTELPRO » est un raccourci non couvert par les documents.

Quelles étaient les cinq cibles officielles de COINTELPRO ?

Dans l'ordre : le Parti communiste américain (1956), le Socialist Workers Party (1961), les groupes suprémacistes blancs dont le KKK (1964), les groupes « nationalistes noirs » — étiquette qui englobait aussi des organisations non violentes des droits civiques (1967) — et la « Nouvelle Gauche » (1968).

Qu'est-ce que COINTELPRO a changé dans la loi ?

La révélation a conduit aux lignes directrices Levi (1976) encadrant les enquêtes intérieures du FBI, au FISA (1978) créant une cour de surveillance, et aux commissions permanentes de contrôle du renseignement au Congrès — toujours en place.

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