Entre les années 1970 et 1995, la CIA et l'armée américaine ont financé un programme pour percevoir à distance des lieux et des objets par la seule pensée : la « vision à distance » (remote viewing). Le programme est réel, il a porté plusieurs noms (SCANATE, GRILL FLAME, SUN STREAK, puis STAR GATE) et a coûté environ 20 millions de dollars. En 1995, sa propre évaluation officielle a conclu qu'il n'avait aucune utilité opérationnelle. Il a été fermé et déclassifié.
La recherche démarre en 1972 au Stanford Research Institute (SRI), en Californie, où les physiciens Harold Puthoff et Russell Targ étudient des « sujets » censés décrire des cibles éloignées à partir de simples coordonnées. Le programme passe ensuite sous tutelle militaire (armée, puis Defense Intelligence Agency) et change de nom plusieurs fois jusqu'à STAR GATE, au début des années 1990.
En 1995, la CIA commande une évaluation rétrospective à l'American Institutes for Research (AIR). Deux experts examinent les mêmes données : la statisticienne Jessica Utts conclut à un léger effet statistiquement significatif chez certains sujets ; le psychologue Ray Hyman juge cette conclusion prématurée, faute de réplication indépendante. La conclusion administrative retenue : aucun renseignement actionnable produit, donc aucune utilité opérationnelle.
[FAIT DOCUMENTÉ] Les archives du programme ne sont pas une rumeur : elles sont consultables en ligne. La CIA a versé à sa salle de lecture FOIA une collection dédiée, « STARGATE », mise en ligne en janvier 2017 lors de la publication de la base CREST : des dizaines de milliers de pages — protocoles de séances, croquis des « viewers », notes administratives, évaluations internes. C'est cette masse documentaire qui permet de juger le programme sur pièces, plutôt que sur les souvenirs de ses anciens participants.
La lecture directe de ces archives est instructive : on y trouve des séances aux consignes vagues, des croquis interprétables a posteriori, et des mémos internes exprimant, dès les années 1980, des doutes sur la valeur du renseignement produit. Rien qui ressemble à l'arme psychique des récits populaires.
[FAIT DOCUMENTÉ] Le volet scientifique a laissé une trace précise dans la littérature. En 1974, Russell Targ et Harold Puthoff publient dans la revue Nature un article décrivant des expériences de « transmission d'information dans des conditions d'isolement sensoriel », menées au SRI — publication qui donna au domaine un vernis de respectabilité académique.
[FAIT DOCUMENTÉ] La réplique est venue de la même revue : en 1978, les psychologues David Marks et Richard Kammann publient dans Nature une analyse critique des expériences de vision à distance du SRI. Leur constat : les transcriptions fournies aux juges contenaient des indices contextuels (dates, allusions aux cibles précédentes) permettant de reconstituer l'ordre des cibles — un défaut de protocole suffisant pour expliquer les « succès ». Une fois ces indices neutralisés, les résultats ne se distinguaient plus du hasard. Ce cycle publication-réfutation illustre le fonctionnement normal de la science ; il est rarement cité dans les récits enchantés du programme.
[CORRÉLATION] La longévité du programme s'explique moins par ses résultats que par son contexte : la guerre froide. Des notes de renseignement de l'époque prêtaient à l'URSS des recherches « psychotroniques » financées ; la crainte d'un retard américain a fonctionné comme argument budgétaire récurrent. [HYPOTHÈSE] Plusieurs observateurs ont aussi relevé qu'un programme peu coûteux — environ 20 millions de dollars sur deux décennies, une somme modeste à l'échelle du renseignement américain — était plus facile à reconduire discrètement qu'à assumer publiquement d'arrêter. Cette lecture est plausible, mais elle relève de l'interprétation, pas du document.
Stargate est l'exemple parfait du piège « étudié = prouvé ». Oui, l'État américain a pris ces phénomènes assez au sérieux pour les financer deux décennies. Non, il n'en a jamais tiré une capacité utilisable — et c'est son propre bilan qui le dit. Le fait est réel ; la légende du « super-pouvoir psychique validé par la CIA » ne l'est pas.
Comme pour MK-Ultra ou le document Gateway, la CIA a exploré les marges de l'esprit. À chaque fois, la même ligne sépare l'exploration documentée du pouvoir opérationnel fantasmé.
Oui. C'est un programme réel de vision à distance financé par la CIA et l'armée américaine des années 1970 à 1995 (noms successifs : SCANATE, GRILL FLAME, SUN STREAK, STAR GATE), déclassifié en 1995.
Environ 20 millions de dollars sur plus de vingt ans, dont une part importante entre le milieu des années 1980 et le début des années 1990.
Non. Son évaluation de 1995 (American Institutes for Research) conclut à l'absence d'utilité opérationnelle. Un expert a relevé un léger effet statistique en laboratoire, un autre l'a jugé non concluant faute de réplication indépendante.
Parce qu'il n'a jamais produit de renseignement actionnable. L'écart au hasard éventuellement observé en laboratoire ne s'est pas traduit en capacité utile sur le terrain.
Harold Puthoff et Russell Targ, physiciens au Stanford Research Institute, ont mené les premières études ; Ingo Swann, artiste, a popularisé le terme « remote viewing » et un protocole fondé sur des coordonnées.
Dossier : Guerre cognitive & neuro-armes
MINI13: MK-Ultra 2.0 — Les Neuro-Armes
Accueil · Collection · Journal · Dossiers · Sources